top of page

Différence culturelle en anglais des affaires entre la France, l'Angleterre et les Etats-Unis : Sommes-nous tous des noix de coco?

  • contact161544
  • il y a 1 jour
  • 7 min de lecture



"Votre anglais n'est pas le problème."

Depuis 10 ans, je forme des adultes à l’anglais professionnel. Et après plusieurs années passées à Londres, au contact quotidien de professionnels anglophones comme français, j’ai vu défiler des profils solides : commerciaux, entrepreneurs, chefs de projet, dirigeants… Des personnes avec un bon dossier, un anglais tout à fait correct… et pourtant, la même frustration revenait souvent : « Ils n’ont pas compris mon projet. » « Tout ça pour ça. » Ou, à l’inverse : « C’est allé beaucoup trop vite. » « Ils n’ont pas réfléchi à tout. »

Car tout dépend du sens du courant : un projet mené vers l’Angleterre, vers les États-Unis… ou depuis la France.

Et ce n’est généralement pas une question de grammaire : c’est un malentendu culturel. Un décalage que personne ne leur avait signalé.

On l'oublie tout le temps : parler la même langue ne veut pas dire partager la même culture. Et "négocier avec un Américain" ou "négocier avec un Britannique", ce sont des métiers différents. Ni l'un, ni l'autre ne fonctionne comme chez nous. 

Voici ce que j'aimerais que mes apprenants sachent avant de se rendre au rendez-vous ou de décrocher leur téléphone. 


Une précaution, parce qu'elle compte

Rien de ce qui suit n'est une vérité sur "les Anglais", "les Américains". Ce sont des tendances. Votre interlocuteur londonien ou new-yorkais sera peut-être plus "cash" qu'un Parisien, votre Texan plus guindé que votre Lyonnais. Ces repères servent à formuler des hypothèses, jamais des étiquettes. 


Ce qui est dit, et ce qui se cache dessous : 

L'Américain dit les choses. Cash, direct, littéral. Si vous n'avez pas compris, c'est lui qui n'a pas été clair - c'est sa culture. Il répète, il écrit, il confirme. Prenez-le au mot : ça tombe bien, c'est exactement ce qu'il attend de vous. 

Le Britannique, lui, vous tend un piège que presque tous mes apprenants ratent au début : l'euphémisme. Un Anglais dira rarement "c'est mauvais". Il dira que c'est "quite good", "rather disappointing", "interesting"... et ce sera un jugement sévère. Une enquête auprès de milliers de salariés anglais et américains l'a bien montré : quand un Britannique annonce "just a few amends" - "juste quelques petites retouches" - il veut souvent dire qu'il faut tout refaire. Et le plus drôle, c'est que même les Américains ne captent pas toujours le sous-texte. 

Deux réflexes à garder en tête : "Let's do lunch soon" n'est presque jamais une vraie intention. Et "maybe" dans la bouche d'un Anglais, veut le plus souvent dire "non". 

Alors avec un Britannique, ne prenez jamais un compliment tiède au premier degré. Et osez demander: "Be honest with me - is this a yes or a no?". Vous passerez pour quelqu'un de fiable, pas pour un lourd. 

Le feedback : là où tout casse 

C'est le point qui fait le plus de dégâts, et de loin. 

L'Américain emballa la critique dans un sandwich : un compliment > la vraie remarque > un compliment pour finir. Tout cet enthousiasme : "Great ! Love it ! Amazing! " - c'est de la politesse, pas un feu vert. D'ailleurs, mes apprenants me le disent souvent : un Américain ne dit jamais "non" en face. La porte reste ouverte. Résultat, on croit tenir l'affaire... et rien ne se signe. 

Le Britannique lui enrobe encore plus. Le désaccord passe par une nuance, un silence, un "I hear what you're saying" - qui annonce souvent un refus poli. 

Et nous? Nous débattons. Frontalement. Pour nous, c'est du Descartes appliqué : on frotte les idées les unes aux autres pour voir lesquelles tiennent et on reprogramme une réunion pour discuter des idées évoquées lors de la précédente. Pour un anglophone, cela peut ressembler à une agression personnelle. Le réflexe à prendre avec eux : séparez toujours la personne et l'idée. Transformez vos objections en questions - "Have you considered...? " plutôt qu'un " Non, il vaut mieux.. " 


Le tutoiement n'existe que de l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique

Et ça change plus de choses qu'on ne croit. 

En anglais, pas de "tu" ni de "vous. Un seul "you" pour tout le monde. Le stagiaire comme le PDG. Résultat : une proximité humaine s'installe presque tout de suite, sans le petit calcul social qu'on fait, nous, en permanence '("je le vouvoie? je le tutoie?")? On entre plus vite dans une relation d'égal à égal. 

Cette proximité de langue ouvre la porte à quelque chose qu'on maîtrise mal en France : le small talk.  Ces quelques minutes de conversation légère - le weekend, la météo, le trajet - avant d'entrer dans le fiv. Chez nous, on trouve ça un peu superflu. 

Côté anglophone, ce n'est pas du tout du remplissage : c'est le moment où la relation se noue. Le sauter, c'est passer pour froid ou pressé (et bien voilà d'où vient notre réputation de fier et froid?;)) 

Alors soignez vos deux premières minutes. Un vrai "How was your weekend?" est une question qui n'attend pas qu'une réponse polie, et vous avez déjà à moitié gagné. 

Votre argumentaire : commencez par la fin : 

Voilà une différence qui change tout en rendez-vous. Nous, on aime poser le décor, expliquer le pourquoi, dérouler le raisonnement... et arriver à la conclusion à la fin. Comme un bouquet final de feu d'artifice. C'est très cartésien et très français. 

L'anglophone attend l'inverse.  Il veut le résultat d'abord : le bénéfice, le chiffre, le délai. La théorie, il ira la chercher après, s'il en a besoin. 

Donc, inversez la pyramide. Commencez par "Voila ce que ça vous rapporte, combien, et quand". Gardez la belle démonstration en réserve. Sion, vous perdez votre interlocuteur pendant que vous plantez le décor. 


L'heure, c'est l'heure - et ça en dit long 

Quand je travaillais à Londres, une chose m'a frappée : aux réunions, personne n'était jamais en retard. A Paris, à Dieppe ou ailleurs, les retards sont fréquents. Un directeur juridique, une chef de projets, qui portent un galon "débordé, surchargé" donc "important". En tout cas, c'est l'impression donnée. 


Un Anglais, lui, arrive à l'heure. Et si par malheur il est en retard, il s'excuse platement, quel que soit son titre ou son statut. Parce que faire attendre les autres, chez lui, c'est un manque de respect. Point. Retenez ce détail : de l'autre côté de la Manche, le rang ne vous dispense de rien. 

Le reste des réunions suit la même logique de clarté. Une réunion américaine commence par un tour de table - qui est là, pourquoi - puis file au but; le chef tranche vite, quitte à réajuster ensuite. Chez nous, la réunion sert souvent à débattre plutôt qu'à trancher : la décision se prend ailleurs. Alors avec un anglophone : à l'heure, ordre du jour clair, et un objectif de décision annoncé dès le départ. Dites ce que vous voulez avoir tranché à la fin. Et repérez qui décide vraiment - ce n'est pas toujours celui qui parle le plus. 


Seul contre tous, ou tous ensemble? 

Autre chose que j'ai sentie très nettement en Angleterre : le rapport au collectif n'est pas le même. Côté français, on est souvent fier de réussir seul, par soi-même - c'est une forme de panache, presque un point d'honneur. Côté anglais, on est davantage dans le collaboratif, le travail d'équipe,. Ni mieux, ni moins bien : différent. 

Mais si vous débarquez en solo-héros, face à une équipe britannique qui fonctionne en collectif, le courant peut avoir du mal à passer. Pensez à "nous" plutôt qu'à "je". 

Et méfiz-vous d'un dernier faux ami : la confiance. Chez nous, elle passe beaucoup par la relation - le réseau, le temps partagé, le déjeuner. Côté américain ou britannique, elle se gagne d'abord par le travail : tu livres bien, tu es fiable, donc je te fais confiance. 

Une image que j'aime bien : L'Angleterre (ou les États-Unis), c'est une pêche - tendre et chaleureuse tout de suite, mais un noyau dur à l'intérieur. La France, c'est l'inverse : une noix de coco. 

Cette chaleur anglophone immédiate, le prénom dès la première seconde, ce n'est pas encore de l'amitié. Votre meilleur argument relationnel, avec un anglophone, c'est votre fiabilité. Ça vaut tous les déjeuners. 

Cette confiance par la preuve va d'ailleurs plus loin qu'on ne l'imagine : elle vaut aussi pour les diplômes. En France, le diplôme est roi - il fait votre légitimité, parfois pour toute une carrière. Côté britannique, ce qui fait autorité, c'est ce que vous savez démontrer, ici et maintenant. 


Je l'ai vécu très concrètement : D'un côté, je travaillais pour des solicitors qui m'envoyaient au tribunal rencontrer les clients et épauler le barrister à l'audience. De l'autre, je montais des dossiers en vue d'un règlement à l'amiable. Résultat : plusieurs litiges se sont réglés par un règlement à l'amiable (out-of-court settlement) ; face à la solidité des pièces, la partie adverse préférait transiger plutôt que d'affronter le tribunal.

Je n'avais pas fait d'études de droit ni d'études de langue en France ; à cette époque, j'avais une "Mention Complémentaire d'Accueil et Réception" . Mais mes fonctions en Angleterre m'avaient permis d'attester de réelles compétences en compréhension des dossiers et en recherche juridique. C'est cette compétence prouvée — et non un titre — qui a emporté ma légitimité. 


Si vous ne devez retenir que quatre choses : 


  1. Commencez par le bénéfice, pas le contete. La conclusion d'abord. 

  2. Découdez le sous-texte : l'entousisasme américain n'est pas un contrat, la politesse anglaise n'est pas n accord. Demandez confirmation. 

  3. Soignez le small talk et la ponctualité : deux minutes de vraies conversation, zéro minute de retard. 

  4. Soyez fiable avant d'être sympathique : la confiance se gagne par le travail, et on avance en équipe. 


Et gardez en tête une chose : en face, votre interlocuteur fait exactement le même effort de décodage que vous !! 

La compétence interculturelle, ce n'est pas un talent inné - ça s'apprend, comme une langue. C'est d'ialleurs inséparable : maîtriser l'anglais professionnel, ce n'est pas seulement savoir ce que l'on dit : c'est comprendre ce que l'autre entend. 

C'est tout un métier, et honnêtement, c'est ce que je préfère : voir un apprenant qui bloquait à l'oral finir par décrocher son téléphone, appeler Brighton ou Boston, et racrocher en souriant. 

Ces repères ne sortent pas d'un manuel. Ils croisent les travaux d'Erin Meyer (INSEAD) sur les cultures professionnelles avec un comparatif mené sur le terrain, année après année : mon expérience à Londres, à Paris, à Dieppe puis en formation, et les échanges nourris de mes réseaux professionnels - l'un anglophone, l'autre français. C'est ce va-et-vient constant entre les deux rives qui affine le regard. Des tendances, jamais des individus. 


Isabelle Mordant - École Norman - J'accompagne des entreprises, des dirigeants, des entrepreneurs, des commerciaux, des salariés, à travailler - pour de vrai - avec leurs homologues britanniques. 

 
 
 

Commentaires


bottom of page